Monteverdi

Claudio Monteverdi naît à Crémone en 1567, dans une famille aisée et éclairée : Giulio Cesare, l’un de ses frères, deviendra plus tard son assistant à la cour de Mantoue et, par la suite, contribuera largement à la diffusion de ses œuvres. Claudio est initié à la grande tradition polyphonique de la Renaissance italienne par son maître M.A Ingeneri, une personnalité reconnue par tous à cette époque.

Ses premières œuvres sont publiées dès avant ses 15 ans et son premier Livre de madrigaux est édité alors qu’il en avait à peine 20.

En 1590, le Duc de Mantoue Vincenzo Gonzaga l’engage en qualité de  joueur de viole et de chanteur. Il devient maître de chapelle en 1602. Ces années à Mantoue sont surtout consacrées à la musique profane : et c’est là que ses Livres de madrigaux II à V, dont il supervise la fabrication avec minutie, sont successivement publiés. Monteverdi, en phase avec son époque, côtoie le monde de la pensée, et notamment les éditeurs.

Il accompagne également le Duc dans ses déplacements à l’étranger : en Hongrie, lors de la guerre contre les Turcs, mais aussi en Flandres. En 1600, le duc assiste à de somptueuses fêtes données à Florence, à l’occasion du mariage de Marie de Medicis et d’Henri IV de France. C’est là que Claudio Monteverdi assiste à l’Euridice de Jacopo Peri, donnée à cette occasion : cette œuvre novatrice fait appel aux dernières tendances artistiques de la recherche musicale italienne, expérimentées par ailleurs par  la célèbre Camerata Bardi, comme le « recitar cantando » et la « basse continue », nouvelle manière d’associer texte et musique. Commande est faite à Monteverdi d’un ouvrage dans cette veine, qui sera donné à l’occasion du mariage du fils de Gonzaga : ce sera  la favola d’Orfeo, une pièce où les personnages avancent en révélant leurs états émotionnels, de l’intime au tragique, et dans laquelle la musique, servie par une orchestration soigneusement opérée par le compositeur, se fait le véhicule des mots du librettiste :  chaque instrument, ou groupe d’instruments, caractérise soit un personnage, soit un affect, soigneusement indiqués sur la partition elle-même, qui, première en son genre, fourmille d’une telle quantité d’indications.

Il est vrai que Monteverdi a accumulé dans le domaine de l’écriture des sentiments humains une importante expérience, grâce à ses nombreux madrigaux, dont il ne cesse de faire évoluer la forme musicale.

 Vers 1610, Monteverdi ressent l’impression de tourner en rond à Mantoue.  Le nouveau Duc, n’est guère intéressé par la musique et la situation matérielle de Claudio se détériore. Le poste de maître de chapelle se libérant à la Basilique St Marc de Venise, il y postule et y est engagé, en 1613.

Dans la Cité des Doges, il trouve enfin une situation à sa mesure, à la dimension de son talent. Les conditions professionnelles y sont très valorisantes, soit en termes d’indemnités soit en termes de facilités au niveau de la musique : ainsi, il dispose d’une chapelle constituée des meilleurs instrumentistes et chanteurs et peut même répondre à de multiples commandes privées.

Monteverdi vit alors une trentaine d’années de succès, tant au niveau de la musique sacrée – l’essentiel de sa production – qu’au niveau de la musique profane (madrigaux et opéras).

Paradoxalement, après 1650, date du dernier recueil publié 7 ans après sa mort, le personnage de Monteverdi sombrera dans l’oubli le plus total. Certes sa sépulture est toujours visible dans  l’église des Frari, à Venise, mais sa mémoire est comme effacée : il faudra attendre le début du XXème siècle pour que son nom réapparaisse, grâce aux actions de Vincent d’Indy, de Malipiero, puis ensuite de Nadia Boulanger. Enfin le mouvement baroque des années 1970 redonnera à son nom un éclat incomparable.

 

Monteverdi et la musique sacrée :

La musique d’église de Monteverdi tient essentiellement en trois corpus, deux publiés par ses soins et un troisième publié à titre posthume :

  • Le recueil de 1610, comprend la Messe à 6 voix in illo tempore et le Vespro della beata vergine.  Il montre le talent de Monteverdi à alterner le plus pur style ancien avec les plus récentes recherches de la musique concertante.
  • La Selva morale e spirituale de 1640 constitue la synthèse du travail effectué par Monteverdi à St Marc de Venise. Le maître de chapelle avait à sa disposition la quintessence  des chanteurs et instrumentistes italiens, et seule la chapelle papale pouvait rivaliser dans ce domaine. C’est donc un recueil qui explore toutes les nouveautés vécues par l’art musical, vivifié notamment par l’aura du madrigal profane.
  • Le recueil de 1650, publié à titre posthume par des admirateurs de Monteverdi rassemble des pièces d’origines diverses, dont la production s’étend tout le long de la carrière du compositeur.

Le Recueil de 1610 :

Dans l’esprit du compositeur, ce recueil est une sorte de « vitrine ». Monteverdi ne se plaît plus à Mantoue et désire accéder à un poste correspondant davantage à l’idée qu’il a de lui-même en tant qu’artiste : l’Italie ne manque pas d’atouts, surtout pour un artiste ambitieux, connu et reconnu, comme l’attestent ses nombreux succès, dus à la publication de plusieurs livres de madrigaux. Cette publication contient deux oeuvres,  la messe In illo tempore – qui s’appuie sur le motet du même nom écrit par Nicolas Gombert – et le Vespro della beata vergine : d’un côté, une véritable démonstration d’écriture, dans la plus pure des traditions, et de l’autre, les fastes sonores les plus inouïs.

Ce recueil correspond à une réelle stratégie : rassurer le pape, gardien de la tradition franco-flamande, très sourcilleux quant à la rigueur d’écriture, et faire preuve d’audace devant le monde musical, avec des pièces virtuoses et hyper expressives, dans le plus pur « stile novo ».

Accompagné d’une dédicace pleine de révérence, son manuscrit est remis au Pape, bien sûr dans l’espoir d’accéder à un poste de prestige à Rome. Mais le souverain pontife ne  répond pas favorablement.

Pour la petite histoire, deux exemplaires de cette publication subsistent encore, l’un à Bologne, l’autre à Wroclaw.

Les Vêpres de 1610 :

Si historiens et musicologues en sont encore à s’interroger sur les véritables raisons de Monteverdi pour réaliser un tel cycle liturgique, l’exceptionnelle qualité de cette œuvre hors norme est déjà unanimement saluée. Composé d’un repons (Domine in adjuvandum), de cinq psaumes, d’un hymne (Ave mari stella) et du Magnificat, le tout entrecoupé de motets pour voix et instruments et d’une Sonata a 8, écrite sur le cantus firmus Ora pro nobis, les Vêpres de la Vierge de Monteverdi constituent une synthèse spectaculaire de la polyphonie franco-flamande et du pur « stile novo », dans lesquels se déploie le génie de Monteverdi.

L’auteur superpose en permanence la technique du cantus firmus aux variations mélodiques les plus virevoltantes, alterne les chœurs les plus flamboyants aux airs pour solistes, inclut une sonate instrumentale registrée avec soin et réunit un ensemble instrumental aux sonorités complémentaires soigneusement choisies et aux couleurs éclatantes.

Avec une œuvre résolument novatrice, Monteverdi mélange à loisir un style ancien, basé sur un plain chant omniprésent, et une écriture baroque, riche de jeux rythmiques et d’ornementations, et joue sur les effets sonores tout en contraste entre chœur, solistes et instrumentistes.

A la fois théoricien et praticien, mu par le désir de la plus grande expressivité, il accomplit le miracle de concilier tout à la fois solennité et suavité et la plus authentique des ferveurs.

Treize mouvements se succèdent, formant par là une cérémonie de Vêpres dont on ignore la destination. Monteverdi la destinait-il à Santa Barbara, église principale de Mantoue, dont le maître de chapelle venait de décéder ? Etait-elle seulement destinée à se faire connaître du pape ? Pensait-il déjà à St Marc, puisque son effectif instrumental était sensiblement analogue celui de la chapelle personnelle des Doges ? Une exécution en concert eut-elle vraiment lieu, à Mantoue ? Le mystère demeure…

Plan des Vêpres :

  • Hymne  Domine ad adjuvandum
  • Dixit dominus
  • Nigra sum
  • Laudate Pueri
  • Pulchra es
  • Laetatus sum
  • Duo Seraphim
  • Nisi Dominus
  • Audi Coelum
  • Lauda Jerusalem
  • Ave Maris Stella
  • Sonata « ora pro nobis »
  • Magnificat