Benjamin Britten 

            Benjamin Britten (1913-1976), fils d’un dentiste du Suffolk et d’une mère mélomane qui lui dispense ses premières leçons de piano, connaît la révélation précoce d’un goût affirmé pour la composition. La maison de ses parents est située face à la mer, ce qui déclenche certainement son inclinaison pour les atmosphères marines : on pense bien sûr à ces œuvres déterminantes que sont Peter Grimes ou Billy Bud. Ses années d’étude à Gresham’s School voient l’éclosion d’une liste importante de compositions : un oratorio, une symphonie, de la musique de chambre… Britten ne garde aucune de ces œuvres écrites dans la naïveté de l’adolescence, tout au plus en reprend-t-il certains thèmes lors de l’écriture de la célèbre Simple Symphony, pièce favorite des orchestres de chambre du monde entier.

 

 

Durant la seconde guerre mondiale, de 1939 à 1942, il vit aux Etats-Unis, mu par une véritable conscience pacifiste. Ce qui ne l’empêche pas d’accompagner les troupes alliées en Allemagne, en 1945, époque tragique où il donne de nombreux concerts. C’est sans doute là que son pacifisme se renforce encore davantage, le conduisant à la composition de son futur War Requiem.

La période d’après-guerre voit l’éclosion de son génie : musique de théâtre (The rape of Lucretia, Albert Herring, Curlew river, Death in Venice, …), musique chorale, pour toutes sortes de formations et de circonstances, musique de chambre et symphonique, etc…

Musicien en prise avec son temps, Benjamin Britten reçoit de nombreuses commandes et cultive des amitiés artistiques fécondes : on pense à Chostakovitch, mais aussi au violoncelliste Rostropovitch. Sa relation avec le ténor Peter Pears est placée sous le signe de la création, avec notamment la direction artistique du festival d’Aldeburgh (Suffolk) qu’ils assument ensemble.

La cathédrale de Coventry reconstruite après la guerre et où Le War Requiem de Benjamin Britten, composé pour l’occasion, a été joué pour la première fois le 30 mai 1962 lors de sa consécration.

Cantate Saint Nicolas

 La Cantate Saint Nicolas voit le jour en 1948 : elle est destinée au Lancing College, établissement où Peter Pears fut élève et dont on célèbre le centenaire cette année-là. Elle raconte les étapes majeures de la vie de Saint Nicolas, qui vécut au VIème siècle. Britten collabore à nouveau avec le poète Eric Crozier, qui lui cisèle un texte sur mesure, parfaitement adapté aux différents climats qu’il souhaite développer, du ton primesautier à la plus grande ferveur. Le rôle de Saint Nicolas, confié à un ténor, échoit naturellement à Peter Pears.

Le compositeur fait naturellement appel à un chœur d’enfants, en rapport au thème de l’œuvre, mais aussi au chœur mixte. L’orchestre est d’un genre particulier : piano, orgue, percussions et ensemble de cordes. A la manière de Bach, Britten fait aussi appel aux citations de cantiques religieux connus de tous, permettant ainsi la participation du public, comme lors des exécutions des cantates dominicales dans les églises luthériennes.

De la même façon, Benjamin Britten conçoit une œuvre où professionnels et amateurs peuvent coopérer : « Les amateurs ont toujours été d’un grand poids dans la formation de notre tradition musicale. Il y a quelque chose de rafraîchissant dans la musique produite par les amateurs » (Propos recueilli par Murray Schaffer dans : British composers in interview).

Dans l’œuvre de Britten, cette pièce revêt un caractère très important : elle exploite le thème récurrent de l’enfance, omniprésent dans de nombreuses compositions. Elle ouvre aussi des perspectives théâtrales à la musique d’église, concept que Bach avait déjà abordé dans ses Passions.

Ola Gjeilo

Compositeur norvégien, Ola Gjeilo est né en 1978. Après sa formation initiale, il intègre pour 2 ans le Royal Collège of Music de Londres. En 2001, il s’installe à New-York pour y entreprendre des études de composition à la célèbre Juilliard School où il obtient son diplôme en 2006. Une carrière internationale démarre alors pour lui, et il voit ses œuvres jouées dans le monde entier : le premier de ses enregistrements en tant que pianiste et compositeur, l’album Stone Rose, est unanimement salué par la critique en 2007. Enfin, en 2016, le compositeur est récompensé par la fondation Brock, qui soutient le chant choral aux USA.

 

Sunrise Mass

La Sunrise Mass, messe pour choeur et orchestre à cordes a été composée dans les années 2007 et 2008. Flirtant avec des images très directement inspirées d’une certaine conception « new age », cette œuvre constitue un véritable voyage entre cosmos, philosophie et spiritualité : baignant dans un foisonnement sonore permanent, elle est révélatrice de nouveaux modes de composition, venus notamment des Etats-Unis.

Tout en respectant la structure traditionnelle de la Messe catholique et son texte latin, Ola Gjeilo associe à chacun des mouvements un titre en anglais, qui convie l’auditeur à un voyage imaginaire du ciel vers la terre, telle une métaphore de la condition humaine.

1. Le voyage débute par un premier mouvement nommé The Spheres, avec le Kyrie : la prière humaine s’y élève vers les sphères célestes et c’est dans l’harmonie du ciel que l’homme élabore et nourrit son parcours de recherche. Le discours musical exploite les ressources du double chœur.

 

2. L’aube, – Sunrise, qui marque l’instant où le ciel et la terre se rejoignent, est le temps de la contemplation : ce deuxième mouvement, avec le Gloria, chante la gloire du Seigneur. L’homme est appelé à contempler les merveilles de la nature.

3. Mais l’homme doit aussi faire face au chaos du monde contemporain, symbolisé par la ville – The City – : avec des rythmes parfois obsessifs, des dissonances savamment choisies, ce troisième mouvement évoque la tragédie humaine et sa frénésie. Il est constitué du Credo, moment d’affirmation de la foi chrétienne, et de l’Amen qui s’achève en un véritable vrai cri vers le ciel.

 

 

4. Enfin, dans le quatrième et dernier mouvement, Identity & the Ground, avec le chant du Sanctus et l’Agnus Dei, l’homme est devenu adulte. Il a trouvé son identité et peut chanter la douceur de cette nouvelle condition, dans un hymne plein d’élan et d’affirmation collective : « Pleni sunt caeli et terra ». Comme dans une structure en arche, on retrouve l’ambiance sonore du premier mouvement, mais l’archet d’un violon surgit pour chanter toute l’émotion de cette nouvelle vie. L’œuvre se termine dans un ultime souffle, sur les mots « dona nobis pacem », magnifiés par un apaisant mode de do majeur.